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05/11/2007

voix (ou voies) dans le ciel...

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Bluebird Flying High, Tell Me What You Sing.
If You Could Talk to Me, What News Would You Bring
Of Voices in the Sky?

THE MOODY BLUES (1965)





« Mon père ? »
… (pas de réponse) …

« S’il vous plaît, mon père… »
… (pas de réponse) …

Le moine bêchait… planté entre deux allées de haricots verts, à moins que ce soit de petits pois… et, en souvenir de Mendel, on hésitait à le déranger : il allait peut être nous trouver la quadrature du cercle ou le secret du mouvement universel.

Je crois quant à moi qu’il nous bêchait un peu quand même…

En réalité il écoutait une voix venue d’en haut (normal pour un moine !)
« dominus vobis cum » disait la voix.

Mon inspecteur me souffla :
« vous voyez ils sont en direct entre eux … !»

La voix continua :
« Frère Donatien de l’amour du Christ vous êtes réclamé aux chais… »

L’inspecteur continua :
«… en fait ils portent tous de petits talkies-walkies pour communiquer sur toute l’emprise du couvent »

Alors que s’était tue la voix du ciel qui m’avait amené à méditer, je ne sais pas pourquoi, la sentence peu catholique : « bonum vinum laetificat aegros » (à la louche : le bon rosé réjouit les moroses), frère Donatien découvrit ma présence, celle de mon inspecteur et s’écria :

« Bonjour mon fils ! (en réalité c’était son neveu mais les prêtres et les liens familiaux !) Bonjour monsieur ! Excusez-moi j’étais à l’écoute de notre bip. Qu’est-ce qui vous emmène ? »

Ce fut notre premier contact avec le frère Donatien dont le martyre allait commencer le jour même.

L’oncle nous reçut avec beaucoup de chaleur d’autant que le neveu venait lui demander de loger quelques jours à l’abbaye « pour faire le point, spirituellement »… Moi, « j’étais son ami, presque son directeur de conscience. » Je me pressais de préciser tout de même que je ne comptais pas faire retraite et repartis au bout de quelques instants laissant mon collaborateur humer les airs de messe et d’antiennes sur son temps de travail. Plus libéral comme chef de service on ne trouve pas, allez-vous penser : en réalité nous étions intéressés par le déroulement de l’assemblée générale annuelle d’un groupuscule particulièrement virulent, assemblée qui se tiendrait bientôt dans le même couvent ; le père supérieur militant progressiste leur ayant donné en effet avec le gîte et le couvert, toutes facilités pour y débattre en rond.

Mon gars, pour mieux assurer, sous son immersion mystique de façade, le verrouillage technique de la mission, était passé à notre magasin d’accessoires et avait emprunté un micro d’ambiance et le récepteur correspondant qui lui permettrait, si les circonstances étaient favorables, de capter les débats de notre groupe-cible.

Quelques jours après notre première visite au couvent (temps du noviciat ou chemin de Damas ?) je revis brièvement le neveu du père qui, touché par la grâce, rayonnait :

« Patron, tout est OK, j’ai mis le micro dans une boîte de fusibles de la salle de la commission de synthèse, il est directement alimenté par le courant du secteur. Le récepteur est dans mon combiné radiocassette. Tout marche et personne n’a rien vu. »

Dès la deuxième journée de l’assemblée générale nous avions le contenu des principaux travaux de la veille avec résumés des exposés, synthèses, amendements, votes et le calendrier de l’ensemble de la session ; c’était du pain béni !

Mais dès le lendemain, en après-midi, tandis que je mettais en forme cette première production, je vis débouler dans mon bureau, le neveu congestionné et convulsif qui paraissait poursuivi par le diable en personne…

« Patron, patron, c’est, c’est une catastrophe ! »

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Il y a…il y a que les moines… les moines… ils participent à l’AG ! »

« Pardon ?... quoi, ils ont été invités à suivre les travaux ? »

« Non, non, mais ils les écoutent en direct ! »

« Hein ? »

« Le son capté en salle passe dans les bips ! »

« Dans leur walkie-talkie ? »

« Oui, c’est la même fréquence que notre micro ! »

« Nom de Dieu ! »

« Et en plus, chef, je suis coincé : jusqu’à dix neuf heures je ne peux rien faire, ils sont dans la salle piégée ! »

« Calamitate et favila » pensai-je.

Mon fonctionnaire me raconta que tandis que, sous une tonnelle, il faisait semblant de parcourir un livre sacré à proximité de son radiocassette, son oncle venu à lui et désignant les deux sources sonores -le radio-enregistreur de la grande maison et le portable du couvent- lui avait demandé comment il se faisait qu’ils diffusaient ensemble un même programme : le congrès de nos fanas d’agit-prop.

« Alors, c’était donc çà, ta retraite ? » avait-il lancé furieux.

Dies irae dies illa (jour de colère que ce jour-là … à rapprocher de calamitate et favila…)

Et quand on parle de funérailles : le délinquant, contrit, n’avait rien trouvé de mieux que de se confesser complètement à l’homme de Dieu !

La pilule était de plus en plus dure à avaler, aussi, pour en connaître exactement le contenu, j’interrogeais encore :

« Qu’est-ce qu’il a dit d’autre ? Qu’ont fait les autres moines ? Qu’est-ce qu’ils comptent faire ? »

« Rien, je crois (…c’est beau la foi !)… mais le plus inquiétant reste le temps à courir jusqu’à dix neuf heures, les congressistes peuvent s’en apercevoir »

« Comment çà se passe exactement ? »

« C’est bien le problème : c’est en continu, pas très fort, mais en continu. On entend dans les bips des moines quelque chose du genre : « notre camarade nous a bien exposé les principaux arguments de la motion numéro quatre » ; puis d’un coup : « dominus vobis cum, frère Lazare est demandé à la chapelle… salve regina mater dei nostra » ; puis : « maintenant passons à la motion cinq… » »

« Assez, assez,écartez la coupe je ne veux pas la boire jusqu’à la lie… ! » et je partis m’enfermer dans mon bureau attendant vingt heures, tel l’ermite du mont Erebus prévoyant la sanction de la mystification.

Quelques minutes après dix neuf heures je recevais une communication de mon oblat (décidément très novice) :

« Patron, c’est bon, tout est rentré dans l’ordre (c’était le cas de le dire et çà rassurait !), rien de péjoratif ne se passera … »

« Vous croyez ? » (question imbécile en la circonstance)

«Oui, j’ai eu le pardon de mon oncle, il a tout arrangé avec le père abbé. »

J’avoue, qu’en tant qu’homme de peu de foi mais connaissant la formule « l’église à l’éternité devant elle », j’étais parti pour trembler encore longtemps !

Heureusement qu’en matière d’infractions notre prescription humaine est plus courte, sinon, bonjour les maladies cardiaques !


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19:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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