Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

21/06/2009

du fleuve à l'oued

 

oued-.jpg

 

 

Les lois sont des toiles d’araignées

à travers lesquelles passent les grosses mouches

et où restent les petites.

Honoré de Balzac (La Maison Nucingen)

 

 


Les petits ruisseaux font les grandes rivières, peut-être, mais je peux vous dire que certains grands fleuves terminent en oueds (et pas bel, l’oued !)

Le fleuve ? C’est la répression nécessaire et inhérente à toute concentration d’hommes, elle irrigue le tissu social comme le cours d’eau irrigue les grandes plantations… en son absence pas de sécurité, plus de libertés, plus d’économie, plus de propriété, plus de confort ! (bazar et  haschisch-in…)

Est-il grand le fleuve ? Oh, que oui ! A preuve les annonces urbi et orbi de la « tolérance zèro » (makasch si vous voulez, mais zéro est arabe…lui  aussi), les baisses successives des chiffres de la délinquance (depuis qu’ils baissent en pourcentage ils devraient être négatifs en chiffres, labez !)… Le citoyen est ébaudi de tant d’efficacité répressive… au moins au niveau des intentions… mais le temps qu’il vous confie son émerveillement, on lui a rectifié le portrait ou tiré son téléphone portable (« pas grave, j’irai pas porter plainte, çà sert à rien : la statistique sera encore meilleure la prochaine fois ! »)

Le fleuve ne coule pas partout : que de digues protégeant politiques, anciens combattants, patrons dégraisseurs, chefs d’entreprise fraudeurs, golden boyfriends, traderydérap, show-bizeurs, jetseteurs, gros commerçants, gros paysans, (gros cons… souvent), journalistes graveleux, recruteurs négriers, donneurs de travail au noir, Jean du Sentier, Abdallah de la Tour d’Argent, Omar du Dupuis de Petrole (à l’américaine) et Rachid dié souk  etc. ! (le « etc. » contient le meilleur mais ne sera communiqué qu’après abonnement à ma lettre confidentielle.)

Leurs remblais sont certes minés par quelques ragondins obstinés (quelques policiers et juges mutants) mais ces animaux sont déclarés nuisibles : on peut donc les chasser sans permis en toute période de l’année et même avec une parapluie bulgare. (ou au Bull, gare !)

Il coule par ici, le fleuve ! Ici, le long de la route où les grands délinquants, pères de familles, s’autorisent à rouler à un kilomètre heure au-dessus de la limite de vitesse pour aller stationner sans payer l’octroi! Ah les assassins, les terroristes, les sous citoyens ! Vite installons radars et horodateurs,  nouveaux moulins au fil de l’eau, à portée de main et de carnet à souche !

Il coule par là le fleuve, menaçant les terres limoneuses et peu fixées de la liberté d’expression. Il s’y perd en bras et méandres : les bras des délits de diffamation, d’atteinte à la vie privée, d’atteinte à certaines minorités protégées et les méandres du secret défense, du secret professionnel, du devoir de réserve

(La France, pays de Rabelais, Molière, Voltaire, Cambronne, Zola, Renan, Hallier, de la polémique musclée a onques  laissé place à la « Flance », terre du consensus obligé et pâteux !)

Il coule enfin dans les grands marais de l’environnement et de la santé publique où chantent les cols verts de l’écologie et les canards mandarins de la médecine, malheur à celui qui pique nique en zone confisquée ou qui fumote en aire publique… il est piégé puis mis au carcan par nos nouveaux et brillants lieutenants de louveterie… et même ses enfants le renient ! (oh papa, la maîtresse a dit…)

Vous m’objecterez :

-« la répression coule n’importe comment mais elle coule tout de même »

Et je vous répondrai :

-« d’accord, mais on est loin de la tolérance zéro car le fleuve a déjà pas mal perdu ses eaux… voyons donc de quoi il accouchera ! »

Vous, alors :

-« Rassurez-moi, pas moins que d’une rivière quand même ?»

Las, c’est compter sans les grandes gravières et les grandes sablières que son cours doit traverser maintenant : celles des juges et auxiliaires de justice (occis, l’air de justice ?) Quand ils se permettent d’attendre la récidive pour condamner et, qu’après x récidives, ils ne condamnent pas au tarif prévu par le législateur, quand ils s’octroient purement et simplement le droit  de ne pas poursuivre, de classer sans suite, de ne pas faire appliquer la peine, de réduire la peine en cours d’exécution, de ne pas prononcer de peines complémentaires, d’admettre de fausses insolvabilités, de fausses possibilités de réinsertion… la répression n’existe  quasiment plus.

S’est-elle évaporée ou circule-t-elle en réseau souterrain ? Stagne-t-elle en nappe phréatique… ? En tous cas on a du mal à la voir : un petit filet d’eau par ci (en dehors du grand courant resté au bord de la route), un puits artésien par là (quand quelque tueur ou violeur donne des conférences de presse sur sa réhabilitation avant de replonger pour de bon, mettant bêtement tout ce beau monde dans l’embarras)… le paysage se dessèche irrémédiablement.

Vous voyez encore de l’eau ? Méfiez-vous ce n’est peut-être qu’un mirage. Vous le comprendrez mieux quand je vous aurai dit qu’il n’y a pas de police prévue pour rechercher systématiquement les condamnés  ayant échappé à l’arrestation, pas de chasseurs de primes non plus (on est pas des cove bois, tout de même quand même !), pas même une possibilité sérieuse de retrouver ces malfaisants par hasard : car il y a bien des diffusions de recherchés mais elles sont quasi-inefficaces, les contrôles d’identité n’étant permis que dans des circonstances très rares.

Au secours, on y est dans le fond aride de l’oued ! Il n’y a plus d’eau, de la bonne eau de la répression dont nous rêvons tous pour qu’elle emporte les autres (mais oui, mais oui, à moi on ne raconte pas le contraire !). C’est chaud (les fennecs rodent) et il nous faut encore marcher… et, en fait d’eau, maintenant, il nous faut bien accepter la tolérance zéro.

Demi-tour, vite, tant qu’il nous reste quelques forces, retournons au bord de la grande route avec ses moulins au fil du courant, auprès des politiques et de leurs moulins à parole, vers l’oasis. (et tant pis si ce ne sont que mirages !)

Dès notre retour auprès d’eux nous y chanterons que nous sommes contre la répression et que nous ne buvons pas de cette eau !

Dites, il faut un sacré orage pour que l’oued, lui, devienne un vrai fleuve ! (Inch Allah !)

Les commentaires sont fermés.