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03/07/2009

chassez le politique, il revient au galop

 

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C'était un président de la république qui se voulait très près de son peuple (çà leur tombe dessus à un moment comme la puberté tombe sur l'adolescent). Il multipliait les visites en province et son staff (pourquoi affuble-t-on ces collaborateurs d'un nom d'emplâtre bien moulé ?), et son staff, dis-je, dans l'élaboration du programme de ces visites, privilégiait les scénarios les plus spectaculaires, les plus médiatiques pour répondre à sa crise de croissance, à ses fringales de fraîchement plébiscité.


Pull-over pour conférences de presse, petit déjeuner avec les éboueurs et je te pince le cul de la blonde d'Aquitaine (on a fait mieux depuis avec la Brune d'Italie...) et je me déguise en cosmonaute, en scaphandrier, en dératiseur...  (« encore une petite panoplie pour les étrennes ? ») et je me baffre de la bonne bouffe locale (en attendant, plus tard, de prendre de bonnes baffes nationales) : tout était validé par notre roi Midas (qui pensait encore guérir les écrouelles rien qu'en agitant les oreilles).

En fait de bouffe, Il était reçu ce jour-là par tout ce qui comptait  d'une de ces villes de Gascogne au terroir généreux. Une des spécialités y était (et y est toujours) le pruneau... je ne vous dirai pas où nous étions comme je ne vous ai pas dit quel était le président... (vous avez trouvé ? Dîtes donc mes bijoux, vous êtes drôlement futés !)

Ce qui pose problème au staff dans ce genre de situation c'est qu'on peut proposer au chef d'état de goûter à tout, du foie gras à la piquette, de la pomme de terre nouvelle à la truffe. Ici, certains avaient pronostiqué : « il n'échappera pas aux pruneaux ! » et, consciencieusement avaient sélectionné un producteur chenu en costume prune de la confrérie. Il devait donc présenter ces fruits délicieux et dénoyautés à la « gobégie » du premier des français. Pas emplâtrés du tout, ses employés s'étaient même astreints à en ingurgiter plusieurs pour s'assurer de leur bon goût et de leur innocuité (aussi le staff avait, depuis le matin, du mal à sécher).


« Sans noyaux et avec modération ! » telle était donc leur consigne à l'adresse du maître étuveur d'Ente pour sa future prestation de paladin du palais présidentiel.


Mais vous savez ce qui caractérise les rencontres entre le sommet et la base : elles sont, en politique comme en architecture, ingérables, épouvantables. Donc, après une bonne rasade de liesse populaire, de toque menottes, de bibises aux desperate house's  wifes, de tâte bébés, de rictus aux papémémésgagas, aux (im)émigrés, aux minima sociaux, aux maxi-chom'dus, et aux cul de jattes, la confusion s'installait, mère de toutes les catastrophes. Le vénérable du pruneau en toque caramel s'était fait bousculer par un confrère d'âge moyen en costume moyenâgeux et qui ramenait sa prune là où on ne l'attendait pas.


« Non, non, pas ces pruneaux ! » tenta de crier un qu'est staffé qui était à côté de moi. Son cri portait tout le ressentiment pour ce fruit en général et pour ceux en particuliers qui, non contrôlés, étaient maintenant à la vue du président. Sa supplique cependant ne put franchir les quelques mètres qui le séparaient de son maître (« on n'est pas dans la...  difficulté », murmura-t-il en se repliant sur lui-même comme blessé au ventre).


Dans la corbeille garnie de satin, Midas se saisit du plus beau spécimen de prunus medicalis, gonflé, ridé à souhait (le pruneau, pas le président... quoique) ; il le porta à sa bouche avec majesté et mastication.

Je vis bientôt ses yeux marquer la surprise quand sa mandibule reconnût, je suppose, l'obstacle du noyau. Quelques croisements de masséters plus loin, je lisais l'interrogation dans ces mêmes yeux (que je ne quittais décidément plus), interrogation que j'interprétais dans le sens de : « que vais-je faire de ce truc ? »


J'avais bien eu tort de ne pas le quitter des yeux car il se passa quelque chose entre bouche et mains qui m'échappa complètement : le noyau semblait avoir définitivement disparu. (À ma barbe en fait)


Avait-il craché le noyau droit devant (comme seuls les grands lamas savent le faire) au risque de blesser un citoyen... à l'œil (pour une fois) ?


Est-ce que ce résidu chuta subrepticement de la bouche à la main pour aussitôt être confié au député d'opposition qu'il congratula dans la foulée et qui en parut fort étonné (de la congratulation ou du relais si amicalement confié ?)

Est-ce qu'il l'avala sachant, grâce aux gens du pays, qu'en matière de pruneau il suffit de choisir : en dégustant sa chair on obtient un résultat, en absorbant le noyau on bénéficie du contraire ?


Est-ce qu'il le garda dans sa bouche, définitivement, ce qui expliquerait le défaut de langage qu'on lui connaissait : un claquement de langue, sporadique et irrépressible ?


Tout policier que j'étais, au plus près de cette personnalité, je suis désolé de vous dire que je ne puis me fixer sur aucune de ces hypothèses ; les staffeurs, consultés, non plus !


C'est bien là que se situe la grandeur des politiques : pratiquer la prudence (négocier un seul pruneau à la fois), adopter la solution la plus efficiente, la plus adaptée à leur image (laquelle fut-elle cette fois-ci ?  On ne le saura pas), telle est leur technique éprouvée dans des situations éprouvantes. Même immergés au sein de l'affection de tout un peuple (et de lui -him- RG), ils conservent leurs réflexes ; ce qui les différencient de vous, de moi.


Misère sur nous, on aurait craché par terre ou couru aux tinettes ; eux, non ! On ne joue pas dans la même cour !


Bonchoir Mesdames, bonchoir Messieurs, blop !

 

 

21/06/2009

du fleuve à l'oued

 

oued-.jpg

 

 

Les lois sont des toiles d’araignées

à travers lesquelles passent les grosses mouches

et où restent les petites.

Honoré de Balzac (La Maison Nucingen)

 

 


Les petits ruisseaux font les grandes rivières, peut-être, mais je peux vous dire que certains grands fleuves terminent en oueds (et pas bel, l’oued !)

Le fleuve ? C’est la répression nécessaire et inhérente à toute concentration d’hommes, elle irrigue le tissu social comme le cours d’eau irrigue les grandes plantations… en son absence pas de sécurité, plus de libertés, plus d’économie, plus de propriété, plus de confort ! (bazar et  haschisch-in…)

Est-il grand le fleuve ? Oh, que oui ! A preuve les annonces urbi et orbi de la « tolérance zèro » (makasch si vous voulez, mais zéro est arabe…lui  aussi), les baisses successives des chiffres de la délinquance (depuis qu’ils baissent en pourcentage ils devraient être négatifs en chiffres, labez !)… Le citoyen est ébaudi de tant d’efficacité répressive… au moins au niveau des intentions… mais le temps qu’il vous confie son émerveillement, on lui a rectifié le portrait ou tiré son téléphone portable (« pas grave, j’irai pas porter plainte, çà sert à rien : la statistique sera encore meilleure la prochaine fois ! »)

Le fleuve ne coule pas partout : que de digues protégeant politiques, anciens combattants, patrons dégraisseurs, chefs d’entreprise fraudeurs, golden boyfriends, traderydérap, show-bizeurs, jetseteurs, gros commerçants, gros paysans, (gros cons… souvent), journalistes graveleux, recruteurs négriers, donneurs de travail au noir, Jean du Sentier, Abdallah de la Tour d’Argent, Omar du Dupuis de Petrole (à l’américaine) et Rachid dié souk  etc. ! (le « etc. » contient le meilleur mais ne sera communiqué qu’après abonnement à ma lettre confidentielle.)

Leurs remblais sont certes minés par quelques ragondins obstinés (quelques policiers et juges mutants) mais ces animaux sont déclarés nuisibles : on peut donc les chasser sans permis en toute période de l’année et même avec une parapluie bulgare. (ou au Bull, gare !)

Il coule par ici, le fleuve ! Ici, le long de la route où les grands délinquants, pères de familles, s’autorisent à rouler à un kilomètre heure au-dessus de la limite de vitesse pour aller stationner sans payer l’octroi! Ah les assassins, les terroristes, les sous citoyens ! Vite installons radars et horodateurs,  nouveaux moulins au fil de l’eau, à portée de main et de carnet à souche !

Il coule par là le fleuve, menaçant les terres limoneuses et peu fixées de la liberté d’expression. Il s’y perd en bras et méandres : les bras des délits de diffamation, d’atteinte à la vie privée, d’atteinte à certaines minorités protégées et les méandres du secret défense, du secret professionnel, du devoir de réserve

(La France, pays de Rabelais, Molière, Voltaire, Cambronne, Zola, Renan, Hallier, de la polémique musclée a onques  laissé place à la « Flance », terre du consensus obligé et pâteux !)

Il coule enfin dans les grands marais de l’environnement et de la santé publique où chantent les cols verts de l’écologie et les canards mandarins de la médecine, malheur à celui qui pique nique en zone confisquée ou qui fumote en aire publique… il est piégé puis mis au carcan par nos nouveaux et brillants lieutenants de louveterie… et même ses enfants le renient ! (oh papa, la maîtresse a dit…)

Vous m’objecterez :

-« la répression coule n’importe comment mais elle coule tout de même »

Et je vous répondrai :

-« d’accord, mais on est loin de la tolérance zéro car le fleuve a déjà pas mal perdu ses eaux… voyons donc de quoi il accouchera ! »

Vous, alors :

-« Rassurez-moi, pas moins que d’une rivière quand même ?»

Las, c’est compter sans les grandes gravières et les grandes sablières que son cours doit traverser maintenant : celles des juges et auxiliaires de justice (occis, l’air de justice ?) Quand ils se permettent d’attendre la récidive pour condamner et, qu’après x récidives, ils ne condamnent pas au tarif prévu par le législateur, quand ils s’octroient purement et simplement le droit  de ne pas poursuivre, de classer sans suite, de ne pas faire appliquer la peine, de réduire la peine en cours d’exécution, de ne pas prononcer de peines complémentaires, d’admettre de fausses insolvabilités, de fausses possibilités de réinsertion… la répression n’existe  quasiment plus.

S’est-elle évaporée ou circule-t-elle en réseau souterrain ? Stagne-t-elle en nappe phréatique… ? En tous cas on a du mal à la voir : un petit filet d’eau par ci (en dehors du grand courant resté au bord de la route), un puits artésien par là (quand quelque tueur ou violeur donne des conférences de presse sur sa réhabilitation avant de replonger pour de bon, mettant bêtement tout ce beau monde dans l’embarras)… le paysage se dessèche irrémédiablement.

Vous voyez encore de l’eau ? Méfiez-vous ce n’est peut-être qu’un mirage. Vous le comprendrez mieux quand je vous aurai dit qu’il n’y a pas de police prévue pour rechercher systématiquement les condamnés  ayant échappé à l’arrestation, pas de chasseurs de primes non plus (on est pas des cove bois, tout de même quand même !), pas même une possibilité sérieuse de retrouver ces malfaisants par hasard : car il y a bien des diffusions de recherchés mais elles sont quasi-inefficaces, les contrôles d’identité n’étant permis que dans des circonstances très rares.

Au secours, on y est dans le fond aride de l’oued ! Il n’y a plus d’eau, de la bonne eau de la répression dont nous rêvons tous pour qu’elle emporte les autres (mais oui, mais oui, à moi on ne raconte pas le contraire !). C’est chaud (les fennecs rodent) et il nous faut encore marcher… et, en fait d’eau, maintenant, il nous faut bien accepter la tolérance zéro.

Demi-tour, vite, tant qu’il nous reste quelques forces, retournons au bord de la grande route avec ses moulins au fil du courant, auprès des politiques et de leurs moulins à parole, vers l’oasis. (et tant pis si ce ne sont que mirages !)

Dès notre retour auprès d’eux nous y chanterons que nous sommes contre la répression et que nous ne buvons pas de cette eau !

Dites, il faut un sacré orage pour que l’oued, lui, devienne un vrai fleuve ! (Inch Allah !)

20/04/2009

la chute de Constantinople

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Lors du siège de Constantinople qu’est-ce qu’ils faisaient ? Ils étaient en réunion pour discuter du sexe des anges !


Le sexe des anges je ne sais si on l’a trouvé depuis … quoique, si je me rappelle bien Gabriel, l’Archange, comme par hasard, a pu annoncer à Marie qu’elle allait mettre au monde un fils ; comment le savait-il ?


Moi, on m’a dit qu’on les avait vus souvent ensemble et qu’elle lui donnait du « mon cher ange » à tout propos… alors ?


Mais cela ne nous regarde pas.





-§-




A propos d’anges devenus démons je vais vous conter l’histoire des anti-TGV avant de revenir à Constantinople…


Les anti-TGV (qui n’acceptaient pas le tracé décidé par l’état et la SNCF pour la ligne Sud-est) nous ravageaient toute la région : c’était, un ramassis de personnes d’habitude calmes d’origine très différentes :


de gros bourges ayant leur résidence pas secondaire, mais tertiaire ou x-iaire « en pays d’Aix au mètre carré, ma chère, aussi cher qu’à Paris… si… si ! »,


de gros viticulteurs aux AOC et côtes dorées («en caves particulières d’Aix, du Rhône… vous voyez »),


mais aussi de maigres producteurs de melons (« de Cavaillon…con ! » ; « T’en veux un sur la tronche ! »)

et enfin de retraités, desséchés au soleil, déjà installés le long de la voie ferrée devenue obsolète (« rapport à ce que c’était moins cher, là, Monsieur, rapport au bruit… » ; « C’est vrai, on est sourds, mais quand même, le TGV… ! »)


C’était l’ancien régime faisant donner les manants contre les substructures du chemin de fer. Bourges « césannisés » et hauts couturiers en vin rameutaient la troupe, fournissaient conseil et intendance mais observaient les combats à la lorgnette… à défaut d’avoir le courage, ils avaient le vice !


L’armée des gueux était elle très mobile, très motivée, elle courait sur les voies, de jour, de nuit, y manoeuvrait signaux et aiguillages, y déposaient des déblais, des melons (con !), y allumaient des feux, ou s’y regroupaient en bandes et banderoles.


Ce gentil remue-ménage ne nous ménageait pas du tout.


Nous sur le terrain nous n’avions ni moto trial ni 4/4 pour grimper sur les ballasts, ni moyens autonome d’éclairage, ni radios assez efficaces pour retrouver et observer les protestataires.


Quant à nos supérieurs, en cellule de crise à la préfecture, ils « crisaient » de passer vêpres, laudes et matines à attendre des informations sur les déplacements des anti-TGV, sur l’issue des engagements des gendarmes mobiles et surtout sur la physionomie du trafic ferroviaire… passé, avant l’heure, de rapide ou express à la TGV (entendre : très grande vulnérabilité).


Les usagers répandus sur les voies, excédés, faisaient assez souvent déguerpir les coalisés, résultat que n’arrivaient pas à l’obtenir les forces de l’ordre qui arrivaient après la bataille…


Les clients de la SCNF en déroute se retournaient alors contre les gendarmes mobiles… on déraillait complètement !


Présent à la cellule de crise, j’y côtoyait Préfet, Secrétaire Général, Directeur de Cabinet, Commandants des CRS, des Gendarmes Mobiles, des Pompiers, Colonel de Gendarmerie, Directeur Régional de la SNCF… tout le gratin des chefs de service suspendu aux crachotements des radios et au cliquetis des télex…


On me fit vite comprendre que « l’on était un peu juste en renseignement prévisionnel » et que « cela indisposait… »… c’était le Directeur de Cabinet qui s’épanchait ainsi vers moi, « amicalement ».


J’expliquais les difficultés techniques auxquelles étaient confrontés mes gars sur le terrain, on compatit poliment mais sans plus et le colonel de gendarmerie profitait à plein de notre hémiplégie pour mettre en valeur les quelques tuyaux qui lui parvenaient.


Au bout d’un moment j’en eus ma claque (à tous les sens du terme) et je décidais de rejoindre mes fantassins pour une meilleure édition du Courrier du Rail en emportant le matériel haut de gamme réservé à notre section anti-terroriste (lunettes de vision nocturne, scanner…).


Le pépé tremblotant, ancien concierge à Nanterre, mobilisé pour un dernier combat anti-TGV, serait bien surpris d’apprendre être promu ennemi public patenté dans l’activisme international… peu importe, la ligne desservait bien l’Europe et les trublions terrorisaient bien la préfecture !


Je demandais à un commissaire en stage dans mon service de me remplacer auprès des sommités. Promu après une longue carrière d’inspecteur à la très virile PJ, il avait quelques difficultés à se familiariser avec les finasseries et les « cabiniaiseries » des RG.


Je lui expliquais donc qu’il lui faudrait transmettre les renseignements à l’interlocuteur le plus important du dispositif, le préfet s’il était là, le secrétaire général sinon, le directeur de cabinet à défaut. Je lui rappelais surtout qu’il ne devait pas être coiffé sur le poteau par les gendarmes…


« Pas de problèmes, j’assurerai !T’inquiètes ! »


Je rejoignais donc la partie géante de colin-maillard, cache-cache et train-prisonnier réunis qui se jouait en rase campagne et sitôt arrivé diffusait, quasiment en continu, nouvelles fraîches et détaillées à destination de mon collègue en cellule de pénitence.


Quelques heures après, quand mes poilus furent rompus à l’usage des merveilles techniques dont je les avais dotés, je décidais de rejoindre le palais du gouverneur pour récolter les lauriers que notre efficacité et notre mérite évidents avaient dû y préparer.


En sueur, je fus fraîchement accueilli (ce qui n’est pas bon : risque de congestion), accueilli, dis-je, par le pinacle à peine modifié (le préfet était décidemment absent, le secrétaire général présidait la crise, le colonel avait renforcé son état major sur place, tiens !).


« Ah, bonjour monsieur le commissaire, on va peut-être, grâce à vous, avoir des renseignements de votre service… heureusement qu’il y avait le Colonel de Gendarmerie ! » me lança sur un ton de reproche passablement hautain le plénipotentiaire secrétaire général.


Je vis aussi un œil mauvais s’allumer dans l’orbite « énarclué » du directeur de cabinet qui, par principe, ne nous aimait pas (c’était son droit…)
Je livrais donc, la gorge serrée, les dernières nouvelles du front, les chiffres, l’état d’esprit de nos protagonistes avec, en bonus, le paysage et l’ambiance, (n’oubliant ni le chant des grillons, ni la déroute des hérissons !)


Le colonel tenta quelques interventions que j’interrompis sèchement par des :

« Moi qui vient du terrain je peux vous dire que… » sur lesquels il ne pouvait pas surenchérir…


Le secrétaire général me remercia avec un peu plus de chaleur et je rejoignis mon commissaire stagiaire que je trouvais en pleine dépression, près de l’abandon de carrière !


Il me conta les choses de la manière suivante :


« Dès que j’ai voulu donner au préfet ou au secrétaire général les messages que tu m’envoyais, le directeur de cabinet s’est interposé et m’a demandé de les lui fournir et à lui seul.


Soit il oubliait d’en parler “au-dessus”, soit il le faisait sans dire que c’était notre production.


Le colonel, lui, se montrait particulièrement zélé et renseignait directement le préfet ou le secrétaire en ajoutant parfois : « les RG ne vous ont pas dit que… » parfois même pour des infos à nous que le directeur lui avait montrées… »


La fatigue accumulée faisant mauvais ménage avec la colère, je pris la pile des doubles des messages que mon intérimaire avait eu la sagesse de garder et je rejoignis le SG en conversation avec le colonel. Le directeur de cabinet emboîta instinctivement mes pas car, connaissant mon tempérament, il se doutait que la vraie bataille du rail allait débuter. Il ne fut pas déçu.


J’agressais véritablement les deux hauts responsables, ignorant le béni oui oui à cinq galons.


« Comment avez-vous pu dire ou laisser dire en public que les RG n’avaient pas assuré alors que j’ai ici le chrono minute par minute de tout ce qui a été communiqué à monsieur le directeur… »


« Ce n’est pas de notre faute si celui-ci n’a pas fait son travail par – j’essaye de le croire- négligence et si la gendarmerie à voulu nous enfoncer à bon compte… notre mission a été assurée, et avec efficacité, compte tenu des circonstances et du matériel, je peux le prouver devant qui que ce soit.


D’ailleurs je vous demanderai, monsieur le secrétaire général, de rendre compte de cet incident à monsieur le préfet. »


Le directeur de cabinet palissait voyant sa côte baisser à cause de ces … de RG et le colonel tentait des « mais non, mais non, cher ami, au contraire nous avons tous apprécié une très bonne collaboration avec vos services …»


Je ne quittais plus les lieux jusqu’à la fin du maintien de l’ordre, l’ambiance y était tendue mais seulement professionnelle… c’est tout ce que je demandais.


Le lendemain je fus reçu par le préfet, homme très fin et très connaisseur de la nature humaine : il ne parla pas de l’algarade et je fus obligé de l’évoquer devant lui comme je l’ai fait devant vous.


Je vis très vite qu’il avait été informé de celle-ci en par le menu (le secrétaire général était d’ailleurs très menu…)… le taulier, dis-je, me confia que la plus grande difficulté, dans ce type de conformation en cellule de crise, est de casser « les mauvais réflexes corporatifs, carriéristes et hiérarchiques » qui y prospèrent et qui peuvent mettre à mal des efforts consentis sur le terrain.


Il me dit même : « de temps en temps on a l’impression qu’on souffre de la maladie d’Elsheimer : la perception est assurée, la prise de décision possible, mais le courant se perd au long des synapses ! »


On parla enfin de ces animaux préhistoriques attaqués par de grands fauves et qui, du fait de la lenteur ou de l’approximation de leur relais nerveux, ne sentaient la douleur que plusieurs minutes après la première blessure… ils étaient alors à moitié dévorés !


« Rassurez-vous, monsieur le commissaire, on n’a pas été dévoré et je vous en remercie à la hauteur de votre contribution plus que méritante ; je vous remercie aussi de votre « sortie » : je crois que çà n’a pu leur faire que du bien pour l’avenir. »




-§-




Bref, ils étaient bien en réunion à Constantinople, sur le sexe des anges, alors que tout croulait autour d’eux !


On n’en n’a pas tiré les leçons, bien au contraire, et cette manie a perduré au cours des époques à telle enseigne que pour signifier de nos jours que quelqu’un n’est pas immédiatement accessible on dit : « il est en réunion », en ne se donnant pas même le mal d’y ajouter un accent de sincérité.


Dans ces lieux névralgiques (mais atteints de névralgie) les informations réalistes ne parviennent plus aux emmurés des conclaves de l’urgence qu’après maint relais, filtrages, « rewrittages ».


Sur la porte d’entrée il y a en effet écrit en lettres définitives : « ne pas déranger car nous sommes en réunion …».


Cette consigne, cet ordre, servent de repoussoir à tout ce qui pourrait être mal dégrossi, hors hiérarchie, non recoupé, non analysé, non remis dans le contexte… et pourtant si vivant, si utile !


En symétrie : « On leur dira après » devient le réflexe de la base laissée seule sur le théâtre des opérations, débordée et critique vis-à-vis de ses chefs « dévoreurs de petit fours à l’ombre (ou « au chaud » selon la saison) »


Et Constantinople n’en finit pas de chuter !


Quelquefois, à la fin de la réunion de crise, on annonce l’arrivée d’une haute personnalité qui vient se rendre compte précisément « de l’efficacité du traitement de la crise… ».


Alors, vite, on programme une nouvelle réunion et on convoque à nouveau les donneurs d’ordres, les sous donneurs d’ordres, qui viennent de quitter la salle.


On rameute aussi une bonne partie de la base, jusque-là sur le terrain, pour exécuter désormais des taches aussi importantes que servir de suite à la personnalité ou surveiller les alentours de ce nouveau colloque.


A la fin de ces cycles de concertation « crisantes » de grosses surprises peuvent attendre les participants : les données sur lesquelles ils ont doctement disserté sont maintenant bouleversées, rendant inadaptées les décisions prises collégialement sous les lambris.


Que faire ? … une autre réunion ?


Parfois même la conjoncture et encore plus sévère :


Ainsi à Constantinople, à la réunion, le sexe de l’ange est apparu pour la première fois non dissimulé, incontournable, brut et offensant dans sa présentation, mais c’était trop tard !




-§-




« Au secours, il est maudit et en rut : c’est Belzebuth !»


L’ange leur apprend que leur civilisation a disparu, qu’ils ne sont plus rien, qu’ils gisent dans la fange, le cou rompu.


Ils quittent leurs bancs dans la confusion et la consternation.


Recueillons ici le dernier souffle de l’estafette de Constantin XII arrivée à la porte de la cellule de crise :


Il s’effondre alors au pied du sbire qui garde l’entrée, ce dernier demande :


- « Qui êtes vous ? »


- « Je suis l’estafette de Constantin XII, on n’a pas réussi à joindre jusque-là les généraux qui sont ici en réunion, c’est urgent ! »


Le sbire consultant sa liste :


- « Vous n’êtes pas sur la liste des personnes prévues à la réunion, vous ne pouvez pas entrer… »


Au même moment les participants à la réunion, les yeux encore impressionnés par le sexe de l’ange et les oreilles ébaudies par ses révélations, sortent et butent sur le corps agonisant de l’estafette qui murmure sans que personne ne l’écoute :


« Mehmed II entre actuellement dans la Constantinople, il est escorté de trente mille mahométans. Je « viens d’apprendre que Constantin XII se serait réfugié dans la Basilique Saint Sophie « entouré de quelques guerriers courageux, il serait blessé, non, occis ! J’entends de partout « des cris, des crépitements, on dit que les femmes sont violées, les hommes égorgés… çà « s’approche ! Ils sont trop forts ces Turcs ! »


Quelqu’un voit le pauvre homme gisant et dit :


« Qui est-ce ? »


Le sbire répond :


« Estafette… ? »


Le premier rétorque vivement à l’endroit du sbire :


« Malotru de sbire
(c’est du turc et çà veut dire approximativement : “on n’a pas gardé les raloufs ensemble !”),


“Reste à ta place, sinon tu vas entendre parler de moi, non mais… ! »




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