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06/11/2010

semeuse

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PIÈCES  RAPPORTÉES

Elle ouvrit la porte facilement comme si elle avait enfoncé une porte ouverte : « il faut  qu’une porte soit ouverte ou fermée » pensa-t-elle (sans connaître Musset).

Servante agricole, elle aidait à la moisson, aux semailles… Mise à la porte pour avoir refusé d’être prise entre deux portes, elle errait sans une seule pièce en porte-monnaie…

- « Tentons le porte à porte, frappons à toutes les portes, forçons la porte… » - songea-t-elle.

C’est alors qu’elle est hélée par un beau julot en trois-pièces-panama devant sa porte, porte close d’une maison close… et qui lui dit : «Petite,  foutre à la porte ici n’est point drame et notre porte étroite mène au paradis… »

Opportunément le sculpteur Oscar Roty (qui musardait céans) s’interposa :

« Laisse-la, mâle-faisan ou je te mets en pièces ! » … « Semeuse, veux-tu entrer chez moi par la petite porte et travailler aux pièces ? Veux-tu être ma muse, (…ma muse art déco), mon porte-bonheur ?  Ose, car tu vaux bien plus qu’être forcée au service trois pièces à portée de toutes les bourses »

Aux portes du vingtième siècle, elle ne posa qu’une fois comme semeuse-modèle chez l’artiste médailleur (aimé d’ailleurs pour ses pièces et ses timbres, mais peu importe…).

En francs puis en euros, semeuse au bonnet phrygien, superbe, brillante universelle, frappée coin bruni ou fleur de coin, beau spécimen ou variété rare,  mais aussi lignée, burelée, voire camée, édentée, c’est pourtant elle que l’on apporte par millions. Loin de faire pièce à l’or, à l’argent, au génie, au savoir-faire et à la sueur, elle les mesure et les représente partout…

Acceptant seulement une petite pause (après avoir tenu la pose), l’air de la ville l’ayant probablement taillée en pièces, la fille de ferme vite rapièce ses haillons et en insensée se comporte :

« Merci succulent Roty, adieu » s’écria-t-elle brusquement.

ROTY dévoué (de veau, ouais, car su’l’cul lent…) mais échaudé supplia : « N’importe quoi !  Je t’aurais fait sortir par la grande porte, par la Sublime-Porte, en futur symbole de la patrie!... Tu es décidément timbrée, jolie payse !... A propos, emporte quelques timbres et pièces au moins ! »

La gracieuse face (qui s’empilera bientôt dans les caisses) lui murmura : « Euh, Roty, promets de ne pas t’effondrer » (ou : « Euro, ti promets de ne pas t’effondrer »… ? On ne sait…), puis clama : « le diable m’emporte si je reste car d’une seule pièce je suis faite ! »

Elle quitta la pièce sans même se retourner.

17/10/2010

les chiffres de la police : ah, ah, ah !

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COMPTONS  (ou CONTONS) ENSEMBLE  LES  CHIFFRES  DE  LA  POLICE

 

 

L’habituelle polémique sur la différence entre « les chiffres de la police » et ceux des syndicats me fait encore une fois sourire… c’est le mouvement perpétuel inventé par le pouvoir ! S’il est vrai que les organisateurs des manifestations ont intérêt à gonfler les effectifs, nos gouvernants eux, sont encore plus tentés de tricher. De là à dire qu’ils trichent… je vous laisse juges (bien que les juges n’aiment pas les laisses).

Comment, dans le concret, ça se passe côté police ?

Les fonctionnaires des RG étaient chargés de donner au seul préfet les chiffres relevés sur le terrain de la manière la plus objective possible.

Pour ce faire je choisissais quelques fonctionnaires sérieux et expérimentés qui se plaçaient à certains endroits stratégiques du passage de la manifestation (rétrécissement, pont surplombant et – plus rarement- vue de plusieurs fenêtres permettant de prendre des photos pour une épreuve-panorama). Des chiffres partiels étaient communiqués à la préfecture dès de début du rassemblement puis, dés que possible, le chiffre définitif obtenu par la moyenne des relevés de chaque compteur. Nous nous enquérions aussi pour les transmettre des chiffres donnés par les organisateurs à la presse. Les journalistes nous demandaient les nôtres sur le terrain ; nous leurs donnions les vrais ou pas… selon, en leur précisant toujours que le seul chiffre officiel de la préfecture comptait (« car leur compte est bon »).

La préfecture sollicitée ne tardait pas en effet à  donner SON chiffre qu’elle baptisait « chiffre de la police » même si il était très différent du notre… sachant très bien que nous ne pourrions pas protester contre le vilain mensonge. Le préfet d’ailleurs, très souvent, pour ménager sa bonne conscience, révisait le chiffre donné par notre service (seul statutairement missionné pour ce recueil) à partir des chiffres fournis par d’autres « correspondants »  comme policiers du commissariat, gendarmes, journalistes, vieux colonels de passage à la préfecture, voire chauffeur de Madame  (« qui a vu la manif par la fenêtre, et c’est pas la première qu’il voit de manif !»), tous ces collaborateurs occasionnels du renseignement (de l’ordre des  béni-oui-oui) présentant de BONS chiffres, agréables à ouïr par le gouverneur local, sachant très bien dans quel sens il fallait caresser son poil (souvent de mauvais poil après avoir reçu le « définitif RG » !)

Comme par hasard (ainsi remastérisé) ce chiffre préfecture rebaptisé « police » correspondait aussi à ce que le préfet et le ministère de l’intérieur anticipaient avant même que le cortège ne s’ébranle (et s’ébranler dans la rue ce n’est pas bien joli…  mon bon monsieur !)

Ce n’est pas que nos résultats soient très scientifiques : on estimait par rang combien de participants, puis combien de rangs pour la manif (un rang à l’envers, un rang à l’endroit on tricotait notre écharpe ! Préfet,  arrange ton col !). En tous cas on essayait d’être bien honnêtes, nous, sinon pas de comparaison possible entre deux manifs, donc pas de moyens de savoir si la participation a augmenté ou non…

Le préfet nous signifiait assez souvent le chiffre qu’il donnait à la presse et au ministère, espérant que nous nous alignions sur lui (nous signifiant ainsi implicitement que nous avions mal compté) puis il lisait avec attention les messages et notes que nous rédigions à son intention pour décrire la manif car il savait que notre direction à Paris était aussi destinataire de ces travaux. S’il ne retrouvait pas SON chiffre mais le nôtre, je ne vous dis pas l’engueulade ! A telle enseigne que nous étions obligés – pour des évènements particulièrement sensibles - d’écrire le chiffre du préfet mais de téléphoner le nombre exact de participants à la direction des RG en leur demandant de ne pas tenir compte des chiffres portés sur nos écrits. (Ils arrangeraient bien leur bouillabaisse là-haut, basta ! d’ailleurs vous connaissez la recette marseillaise : « quand ça bout, il y a baisse ! »)

Vous commencez à comprendre !

Allez, je vais être objectif, je vais vous donner les cas extrêmes des deux camps : camp préfectoral, camp organisateurs :

Pour les organisateurs, le plus outré de ce que j’ai pu voir, a été le titre cinq colonnes à la une et en rouge d’un quotidien communiste de province après une très belle manif : « AUTANT QU’A LA LIBERATION». Très fort ça ! Enorme et invérifiable car les principaux quotidiens de cette capitale régionale avaient collaboré pendant la guerre et, (avant d’être récupérés par un avocat résistant qui fut maire et même ministre de l’intérieur) avaient cessé de paraître dans la période considérée, ses dirigeants ayant à leur tour pris le maquis… donc pas de référence autre que celle du même journal communiste, feuille alors clandestine, qui tout à sa joie et à la fête de la libération, avait omis de compter… ils n’en avaient pas besoin alors, les communistes !

Pour les préfets, le bonnet de Midas ira à celui d’un département viticole très remuant (pas le préfet, le département quoique…), préfet qui contestait régulièrement mes chiffres concernant le nombre de vignerons engagés dans les actions très violentes dont nous rendions compte.

« Ils sont bien moins nombreux, ce n’est pas possible vous avez de la sympathie pour leur cause et leurs exactions ! Moi, je fais tout pour qu’ils décrochent des manifs et vous, vous expliquez qu’il y a de plus en plus de participants ! »

Cela était bien entendu un avertissement sans frais (et pas le frais du rosé, ni du champagne…) délivré depuis son bureau. Je savais qu’il chercherait à me piéger… je ne fus pas déçu !

Ce jour-là les viticulteurs nous avaient tout fait : feu à une perception, feu de pneus sur le ballast SNCF, poteaux indicateurs arrachés, camions citerne vidés et enfin péages de l’autoroute brûlés…

Je me rendais à la  préfecture après la fin des hostilités et je fus reçu sans attendre par le préfet bizarrement détendu :

« Bonjour monsieur le commissaire, j’ai lu vos messages et rapports : comme toujours vous avez fait très fort pour vos amis les vinassiers ! Je lis par exemple ici au péage de l’autoroute à 17 heures 15 : « une centaine de viticulteurs environ », je peux vous dire qu’ils étaient tout au plus 20 ! »

« Pardon ? » dis-je (et non pas : « pardon monsieur le préfet je ne pêcherai plus »)

« Vous avez intérêt à acheter des lunettes, j’étais pendant l’attaque du péage avec le secrétaire général en hélicoptère au-dessus, nous les avons comptés ! »

Je ravalais ma salive et mon humiliation en tentant : « j’étais sur le terrain aussi à ce moment là, monsieur le préfet, j’ai compté moi-même… »

« Voyez… voyez mieux  et dans tous les sens du terme, commissaire ; je ne vous demande que ça »

Je rentrais au service la crête basse et me fis communiquer la chronologie de toute la manifestation, le chrono des échanges radios et là une évidence me sauta aux yeux : l’hélicoptère de la sécurité civile que le préfet et le secrétaire général avait emprunté avait effectué « un statique » de deux minutes  seulement au-dessus du péage à 17 heures 25 alors que nous annoncions au même moment un regroupement de la quasi-totalité des véhicules des viticulteurs dans le village voisin de l’autoroute. Au moment de « l’observation sauvage de nos corps préfectoraux héliportés » la majorité des manifestants était donc soit dans leur véhicule soit déjà au village,  une vingtaine restant probablement encore autour du péage en feu.

Expliquez cela à un chef qui s’est donné du mal pour vous démontrer que vous travaillez mal ! J’y suis parvenu… ouf ! (J’avais la chance, en la circonstance, de ne pas me mesurer à un buveur d’eau ou autre pisse-froid) ; j’ai même pu expliquer :

« Les voitures des viticulteurs mêlées dans la circulation n’ont pas de gyrophare ni même de pied de vigne dessiné sur leur toit, les apparences vues du ciel sont souvent trompeuses » (le Bon Dieu même le sait !), de plus, monsieur le préfet, si vous diminuez systématiquement les chiffres de participation d’une manif à l’autre, comment pourrez-vous expliquer à Paris, un jour,  qu’une compagnie de CRS n’a pas réussi à contenir une vingtaine de viticulteurs ? »

L’homme était intelligent et le tout resterait entre nous, juré : je fus donc absout !

Alors les chiffres des manifs… !

Il doit cependant y avoir des moyens de compter de manière incontestable : on compte bien les virus dans un centimètre cube de bouillon de culture, les étoiles dans des millions d’années lumière d’une galaxie perdue…

Virus ou étoiles, selon ceux qui vous considèrent, en tous cas manifestants, on vous trouvera bien un nombre qui vous aille bien, (aïe,aïe, aïe...) comptez sur nos dirigeants éclairés :

Faudra-t-il vous demander de franchir les tourniquets d’une station de métro, de piétiner une bascule, d’apposer votre index sur un mur des lamentations en verre, de porter une puce… le tout au nom de la culture du chiffre ?

La culture c’est qui reste quand on a bu le bouillon… on compte sur vous pour le leur faire boire !

 

 

27/06/2010

gitan suspends ton vol

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Ô TEMPS SUSPENDS TON VOL ! ...

 

...et vous, heures propices suspendez votre cours !

Lamartine, (Le Lac)...

 

(J’ai beau avoir suivi pas mal d’études, je n’ai jamais vu une heure de cours suspendue pour que l’on puisse aller tous uriner… l’imagination des poètes c’est quelque chose !)

Comme il n’y a pas le feu au lac, je vais prendre le temps de vous raconter une petite chronique…

Jeune stagiaire, frais émoulu (frais ? bof… mais bien moulu !) d’un an d’école supérieure de police, j’effectuais mes deux mois d’apprentissage en sûreté urbaine, le versant judiciaire du travail de commissariat.

Nous avions assez brillamment mis fin aux activités, on ne peut plus artisanales, d’une bande de « gens du voyage » (le malheur c’est qu’ils ne l’étaient pas tant que ça, du voyage…  quand ils étaient là, quelle douleur !... normal c’est dentaire !) qui écumaient châteaux, manoirs et chaumières de la région…

Tandis que nos gens écumaient maintenant en cellule, leur butin composé d’œuvres d’art, meubles, trumeaux, manteaux de cheminées, tapis, tapisseries, porcelaines, services de table divers, bibelots, bijoux anciens encombraient le moindre recoin de notre hôtel de police vétuste uniquement composé de recoins !

Pour libérer nos précieux coins et recoins nous fûmes donc, en toute logique, obligés d’exécuter une nécessaire danse des canards : des listes détaillées de tous ces objets précieux parurent donc dans les différents quotidiens locaux avec un rendez-vous pour une exposition, à jour dit, du contenu de toute la caverne d’Ali Baba dans la cour du commissariat.

Si nous avions bien quarante voleurs, nous ne pouvions, faute de moyens, engager quarante déménageurs…  Ali a du connaître le même problème !

(Pour faire court …) Disons que tout le personnel de la grande maison fut réquisitionné pour transférer la fine marchandise des recoins vers la cour.

Quelques antiquaires et brocanteurs venus aux nouvelles furent,  item, sommés d’apporter de l’aide ou de déguerpir sans rien connaître du trésor ni des plaignants qui allaient bientôt récupérer leur bien… Il est vrai de dire que ce procédé nous permit de profiter à l’envie des muscles et de l’expertise des mercantis, car aucun ne fit défaut !

Ainsi, pour cette grande manutention, je me trouvais attelé avec un homme de l’art, pas broque du tout, qui avait compris qu’une brocante - bien que de bric et de broc -  peut lâcher beaucoup de briques.

Après une dizaine d’allers et retours mi-pondérés mi-délestés (soit : « impedimenta et expedimenta » en latin d’antiquaire), nous  avions – comme on dit à Marseille - les bras « qui pendaient  jusque s’à terre » et les jambes «qu’on dirait des ressorts de chemin de fer »… quand nous vîmes dans la pénombre d’un réduit… trois horloges de type comtales à balancier de cuivre.

Cuivre, nacre, verre ciselé, bois précieux, fine marqueterie, mécaniques de précision et signatures à la main en travers de cadrans émaillés donnaient à ces tours - de près de deux mètres -  élevées au génie humain, un air de grandes dames  dans leurs habits anciens.

Le professionnel ne put contenir un « oh ! » admiratif, confus mais respectueux, tel celui du page mis fortuitement en présence de la reine au bain, nue et alanguie ! Il m’expliqua les beautés évidentes et cachées de ces pendules, les tâta (après les grandes dames et la reine voici les tatas… quel parterre !), et me supplia de lui présenter le moment venu le plaignant aux trois jaquemarts (… !…?)

Je finis par lui dire : « Allez, cessez d’en faire une pendule ! Terminons notre besogne, mettons les deux plus petites sur la grande et zou, l’un devant, l’autre derrière, on les porte dans la cour ! »

Le petit bonhomme au teint de cire (d’antiquaire) protesta vaguement  qu’on prenait des risques (en bas latin, yiddish ou syrien, je ne sais…) et agrippa le fond de la grande pendule sous ses sœurs déployées devant lui, votre serviteur fit de même, les mains en bec vers l’arrière et tournant le dos aux objets et à notre homme,  et nous partîmes ainsi remontant le temps perdu.

Certains collègues nous croisant semblaient frappés de stupéfaction : ils avaient du penser- je le crois maintenant en y réfléchissant - avoir coupé la route du cortège funéraire de trois sœurs siamoises qu’un mauvais chirurgien n’aurait pas réussi à séparer ! Nous, avec une régularité d’horloge, réglions au mieux nos pas…

Nos pas oui, pas nos hauteurs ! Elles étaient très différentes et si mes bras étaient simplement tendus, les siens étaient contractés en permanence et son menton dépassait à peine du tas de pendules ! La fatigue survenant ou l’envie secrète de faire corps avec les trois double-corps entraîna mon aide jusqu’à la chute et je me retrouvais tirant seul, comme s’il s’agissait d’une brouette, la grande pendule du dessous (ah, vous la connaissez aussi ?)

Le spectacle rare de deux pendules vermoulues et explosées livrant au sol leurs rouages, leurs bris de verre, leurs écailles de laque, leurs tarets et leur noble poussière n’était rien à côté de la bande sonore de notre exploit : un tintement étouffé mais redondant,  comme d’outre-tombe, probablement apparenté à celui qui sonne la dernière heure du dernier jour avant les trompettes du jugement dernier, retentit, encadré de craquements et  gémissements, peut-être d’âmes perdues jaillissant de bois mortifiés par le temps… horrible !

Ce son reste fixé dans ma mémoire comme celui de la première « réduction » (exhumation des restes de différents défunts d’un caveau suivie d’une mise en bière dans une seule cercueil) à laquelle il ne fut donné d’assister : clapotis et gargouillis de la vase du caveau d’où on extrait les dépouilles mortelles, son creux des crânes que l’on dépose sans ménagement sur la pierre tombale… du rare là aussi !

En fait de mort et de survie, j’ai bien crû que notre brocanteur ne passerait pas l’heure (bref qu’il passerait… ou trépasserait, bizarre ça !), il courait dans la cour, cramoisi,  en s’arrachant les cheveux par touffes et en criant : « malheur sur nous nous avons cassé deux pendules ! Mais ce n’est pas possible ! »

Quant à moi, je restais un bon moment interdit comme le moribond que l’on croit mort et qui voit une main amie arrêter le balancier de la grande pendule familiale…

« Omnes vulnant ultima secat » : « toutes blessent la dernière (heure) tue », c’est ce que l’on écrivait sur les cadrans en parlant des heures : vous étiez donc averties mes horloges disparues !

Gitan suspends tes vols,  Adieu chères pendules !

 

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Lamartine (Le Lac)