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26/07/2009

sanglots d'un bon père de famille

SARKO§BERLU.jpg

 

Chaque jour se lève avec sa nouvelle cohorte de fermetures d’usines, de délocalisations, de licenciements, de nouvelles factures à régler pour aider les donneurs d’emplois, (l’automobile, les banques, les entreprises) pour les partis politiques, pour l’écologie, pour le « rayonnement de la France », pour la « pacification du monde », pour des sports que vous n’aimez pas, pour de «l’art » que vous n’aimez pas etc.… vous payez pour les tricheurs, pour les vandales, pour les huns et pour les autres.

Qu'y faire ? Rien, çà fait partie de la vie et des budgets de la nation ou des collectivités locales…

Même en période de crise ?

Et bien oui ! on continue… C’est donc normal qu’il y ait une croissance exponentielle des chômeurs, que les entreprises, plus que jamais, foutent le camp à l’étranger ou ferment pour satisfaire leurs actionnaires.

 

Normal que l’état s’endette de plus en plus et vous endette : « vous reprendrez donc encore un petit emprunt ? », « vous vous mangerez bien aussi une petite augmentation du gaz, de l’électricité, de l’essence, du tabac, des tarifs publics ? »

Alors « en bon père de famille » (notion typiquement française et d'ailleurs consacrée par notre droit) vous vous arrachez les cheveux…

 

A ce train (tiens, il a augmenté aussi) votre budget est amputé, s’amputera jusqu’à la portion congrue, (çà y est je l’ai placé ce vilain mot… normal, je suis en colère)… en plus il faudra rembourser les prêts signés, en votre nom, par l’état.

« Mais je vais à la banqueroute ? » cauchemardez-vous…

« Non, nuance, vous faites aux banques route et même autoroute, çà mérite quelques sacrifices et sur plusieurs générations ! » vous répondent les Midas et Ubus, nos actuels« bons pères de famille » à tous, les Sarkozy, les Berlusconi…etc.

« Mais mes bons seigneurs, on pourrait au moins supprimer ou restreindre les factures ordinaires (ne plus donner de l’argent aux partis politiques par exemple… je ne les aime pas) ; moi quand je n’ai plus de sous, je ne vais plus au cinéma, au restau, en vacances… » tentez-vous de dire.

« Ah le rustre, l’imbécile, il veut gérer la France, l’Europe et le monde comme une famille ! Taisez-vous, vous ne savez  pas gouverner ! »

Alors, pour entretenir la conversation vous avancez :

 

«Puisqu'il ne faut pas être de bons pères de famille, gérons hard : on pourrait essayer de se débarrasser de nos créanciers (grands groupes internationaux, fonds de pension, trésor américain) comme les gouvernants avaient coutume de le faire sous l’ancien régime, (rappelez-vous : les templiers, les lombards, les…)

 

S'il n'y a plus de créanciers, il n'y aura plus de dettes. »

Vous sous entendrez alors répondre : « Vous nous faites beaucoup de peine, ce sont nos amis, donc les vôtres… par ma grande gidouille !"

 

Peut-être même on vous dira :

 

"Allez, casse-toi pauvre con, travaille plus pour payer plus !"

 

Alors, étonné, mais toujours inspiré par la grande gidouille, vous murmurerez :

 

"Pourtant quelqu'un m'a dit que tu m'aimais encore... snif !"

 

 


20/07/2009

au sujet des bagages mous

dynamo.jpg

 

 

Belle prestance, les cheveux argentés, fournis, un peu longs, à l'artiste, mais rangés bien proprement vers l'arrière, la silhouette décidée, dans un alpaga sombre et croisé, c'était une haute personnalité internationale venue d'un pays ami (ils le sont tous à les entendre jusqu'à ce que l'on soit en guerre avec eux).

 

Il avait conjugué l'amitié jusqu'à l'acceptation du couvert et du gîte chez un grand de notre république possesseur d'un pied-à-terre (de pas mal de pieds de terre) dans le fin fond de notre province ensoleillée.

 

Le visiteur portait la phrase haute et bien timbrée à l'accent seulement résiduel (montrant que l'on peut savoir parler autrement que français et pour autant parler français).

 

Il avait la dent claire, bien ravalée, dans un sourire aussi automatique que pour d'autres l'est  clignement de paupière ; l'homme était pourtant dans son pays un monstre sacré, « tueur » infatigable d'adversaires politiques.

 

Il jaillissait maintenant de la cocarde à quatre roues de son commensal au pied de l'escalier à double révolution (Ici d'ailleurs, on s'en doute, l'escalier était le seul révolutionnaire).

 

La valetaille s'affairait autour de ses bagages, attache case, serviettes de cuir fauve distendues par la raideur des dossiers, valises signées en pleine peau...

 

Soudain, de cet impedimentum, ils extraient la chose : une sorte de sac de sport, très long, cylindrique, mais désespérément mou (en fait, pas de sport du tout, ou de contorsionniste).

Ses deux anses, trop centrales, une fois agrippées luttaient bêtement contre la gravité du bissac bizarre donnant au tout un air de banane cuite saisie par le milieu.

 

Dali, la voyant, se serait exclamé : « ceci est l'antiphrase psychédélique et molle de la transmutation politique !»

 

Plus prosaïquement et par une confidence du chauffeur de cet euro master, nous apprîmes que le bagage issu du surréalisme des mieux inspirés était... le traversin de plume du boss. (Pas du gosse)

 

Pauvre chéri, le « tueur » ne supportait paraît-il aucun autre polochon et n'acceptait plus de recenser en nuits blanches ses déplacement obligés. Il avait donc fait exécuter sur mesure et en maroquinerie d'art cet étui dissimulant son péché de mollesse et sa familiarité avec les acariens (acariens et acariennes, la faute à qui donc ?)

 

Madame, à ce qu'on nous a dit, les lui offrait et en gardait un deuxième, de la même plume... (Et elle s'y connaissait en plume !)... « Mais cela ne nous regarde pas », avons-nous  précisé tout de suite au grand remisier, étant discrets par devoir et par nature.

 

La morale de cette affaire ? Vous choisirez :

 

Soit, pessimistes, vous vous rappellerez que Néron fit exécuter un esclave pour avoir oublié un pétale de rose entre le deuxième et le troisième matelas de sa litière et avoir ainsi troublé la nuit de son maître.

Soit, optimistes, vous retiendrez seulement qu'en cas de friction prolongée entre le dur et le mou, c'est toujours le dur qui perd de la matière (les vélocipédistes le savent bien : la tête de la dynamo en acier s'use plus que le latex du pneu).

 

Allez, salut, je quitte la plume !

 

 

 

 

 

 

03/07/2009

chassez le politique, il revient au galop

 

président pruneau.jpg


 

 

C'était un président de la république qui se voulait très près de son peuple (çà leur tombe dessus à un moment comme la puberté tombe sur l'adolescent). Il multipliait les visites en province et son staff (pourquoi affuble-t-on ces collaborateurs d'un nom d'emplâtre bien moulé ?), et son staff, dis-je, dans l'élaboration du programme de ces visites, privilégiait les scénarios les plus spectaculaires, les plus médiatiques pour répondre à sa crise de croissance, à ses fringales de fraîchement plébiscité.


Pull-over pour conférences de presse, petit déjeuner avec les éboueurs et je te pince le cul de la blonde d'Aquitaine (on a fait mieux depuis avec la Brune d'Italie...) et je me déguise en cosmonaute, en scaphandrier, en dératiseur...  (« encore une petite panoplie pour les étrennes ? ») et je me baffre de la bonne bouffe locale (en attendant, plus tard, de prendre de bonnes baffes nationales) : tout était validé par notre roi Midas (qui pensait encore guérir les écrouelles rien qu'en agitant les oreilles).

En fait de bouffe, Il était reçu ce jour-là par tout ce qui comptait  d'une de ces villes de Gascogne au terroir généreux. Une des spécialités y était (et y est toujours) le pruneau... je ne vous dirai pas où nous étions comme je ne vous ai pas dit quel était le président... (vous avez trouvé ? Dîtes donc mes bijoux, vous êtes drôlement futés !)

Ce qui pose problème au staff dans ce genre de situation c'est qu'on peut proposer au chef d'état de goûter à tout, du foie gras à la piquette, de la pomme de terre nouvelle à la truffe. Ici, certains avaient pronostiqué : « il n'échappera pas aux pruneaux ! » et, consciencieusement avaient sélectionné un producteur chenu en costume prune de la confrérie. Il devait donc présenter ces fruits délicieux et dénoyautés à la « gobégie » du premier des français. Pas emplâtrés du tout, ses employés s'étaient même astreints à en ingurgiter plusieurs pour s'assurer de leur bon goût et de leur innocuité (aussi le staff avait, depuis le matin, du mal à sécher).


« Sans noyaux et avec modération ! » telle était donc leur consigne à l'adresse du maître étuveur d'Ente pour sa future prestation de paladin du palais présidentiel.


Mais vous savez ce qui caractérise les rencontres entre le sommet et la base : elles sont, en politique comme en architecture, ingérables, épouvantables. Donc, après une bonne rasade de liesse populaire, de toque menottes, de bibises aux desperate house's  wifes, de tâte bébés, de rictus aux papémémésgagas, aux (im)émigrés, aux minima sociaux, aux maxi-chom'dus, et aux cul de jattes, la confusion s'installait, mère de toutes les catastrophes. Le vénérable du pruneau en toque caramel s'était fait bousculer par un confrère d'âge moyen en costume moyenâgeux et qui ramenait sa prune là où on ne l'attendait pas.


« Non, non, pas ces pruneaux ! » tenta de crier un qu'est staffé qui était à côté de moi. Son cri portait tout le ressentiment pour ce fruit en général et pour ceux en particuliers qui, non contrôlés, étaient maintenant à la vue du président. Sa supplique cependant ne put franchir les quelques mètres qui le séparaient de son maître (« on n'est pas dans la...  difficulté », murmura-t-il en se repliant sur lui-même comme blessé au ventre).


Dans la corbeille garnie de satin, Midas se saisit du plus beau spécimen de prunus medicalis, gonflé, ridé à souhait (le pruneau, pas le président... quoique) ; il le porta à sa bouche avec majesté et mastication.

Je vis bientôt ses yeux marquer la surprise quand sa mandibule reconnût, je suppose, l'obstacle du noyau. Quelques croisements de masséters plus loin, je lisais l'interrogation dans ces mêmes yeux (que je ne quittais décidément plus), interrogation que j'interprétais dans le sens de : « que vais-je faire de ce truc ? »


J'avais bien eu tort de ne pas le quitter des yeux car il se passa quelque chose entre bouche et mains qui m'échappa complètement : le noyau semblait avoir définitivement disparu. (À ma barbe en fait)


Avait-il craché le noyau droit devant (comme seuls les grands lamas savent le faire) au risque de blesser un citoyen... à l'œil (pour une fois) ?


Est-ce que ce résidu chuta subrepticement de la bouche à la main pour aussitôt être confié au député d'opposition qu'il congratula dans la foulée et qui en parut fort étonné (de la congratulation ou du relais si amicalement confié ?)

Est-ce qu'il l'avala sachant, grâce aux gens du pays, qu'en matière de pruneau il suffit de choisir : en dégustant sa chair on obtient un résultat, en absorbant le noyau on bénéficie du contraire ?


Est-ce qu'il le garda dans sa bouche, définitivement, ce qui expliquerait le défaut de langage qu'on lui connaissait : un claquement de langue, sporadique et irrépressible ?


Tout policier que j'étais, au plus près de cette personnalité, je suis désolé de vous dire que je ne puis me fixer sur aucune de ces hypothèses ; les staffeurs, consultés, non plus !


C'est bien là que se situe la grandeur des politiques : pratiquer la prudence (négocier un seul pruneau à la fois), adopter la solution la plus efficiente, la plus adaptée à leur image (laquelle fut-elle cette fois-ci ?  On ne le saura pas), telle est leur technique éprouvée dans des situations éprouvantes. Même immergés au sein de l'affection de tout un peuple (et de lui -him- RG), ils conservent leurs réflexes ; ce qui les différencient de vous, de moi.


Misère sur nous, on aurait craché par terre ou couru aux tinettes ; eux, non ! On ne joue pas dans la même cour !


Bonchoir Mesdames, bonchoir Messieurs, blop !