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19/03/2010

ronds-points, des ronds pour les trois points

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Je regardais lundi 15 mars le magasine de Benoît DUQUESNE « complément d’enquête » qui avait trait aux aménagements des abords des villes (zones industrielles, panneaux publicitaires, friches d’usines, passages de lignes électriques, rocades et ronds-points inesthétiques)…

Outre le sujet que je trouvais utile et méritant, il se trouve que je connais ce grand journaliste pour l’avoir pratiqué en des lieux où l’actualité était fort agitée. Je conseillais alors le préfet qui devait lui donner la réplique sur des sujets bien embarrassants… j’avais apprécié l’homme, le professionnel.

Cette fois-ci encore je ne devais pas être déçu… Benoit DUQUESNE, par souci d’impartialité, n’a pas pratiqué l’autocensure et, ce qui est plus fort, a fait en sorte que les autres maillons de sa hiérarchie ne puissent (ou ne veuillent) censurer un passage très croustillant que je soumets à votre réflexion.

On expliquait dans ce reportage que la France était « championne du monde des ronds-points : la moitié des ronds-points construits dans le monde l’étant en France », cela au frais des contribuables (de 150 000 à 800 000 Euros par rond-point), pour une utilité et une esthétique plus que contestables… ce que chacun a éprouvé !

Qui n’a pas en effet poireauté des heures sur des itinéraires de délestage à passer les dix ou onze ronds-points à la périphérie d’agglomérations grandes ou petites (Une idée pour la prochaine fois : on devrait les décorer de poireaux géants ces ronds-points), et constaté que certains carrefours ainsi matérialisés ne desservaient rien ou pas grand-chose, que les routes attenantes n’avaient aucun trafic !

Vous avez remarqué aussi que la décoration de ces aires ne manquait pas d’air dans l’affirmation obscène d’une plastique primaire, voire primitive (on peut dire primitive maintenant que les masques vermoulus et les calebasses trouées de noble origine africaine sont devenus « arts premiers » et que notre art giratoire est bien européen). Vos enfants, eux, manquent d’air sous la tôle brûlante de votre caisse (qu’on attend) aux embouteillages précédant les stops générés par cet urbanisme dégénéré !

Il ne manquait pas d’air non plus, lui, le petit moustachu, prétendu « artiste plasticien », interviewé en tant que « roi du rond-point » qui nous explique qu’il n’a jamais fait ni les Beaux Arts ni même appris à dessiner ou à sculpter, qu’il veut faire le maximum de fric avec ces ronds-points, qu’il demande de 30 000 à 70 000 Euros par aménagement et qu’il obtient 20% du marché…

Quel marché d’ailleurs ?... on a l’air (…)  bien loin des contraintes de l’appel d’offre et des soumissions obligatoires et anonymes !

Suit une séquence avec son pygmalion, celui qui lui a permis d’être « incontournable » en matière de ronds-points (c’est logique), un sénateur UMP vice président du conseil général de Charente Maritime. L’élu qui tient le moustachu en haute estime, va le faire travailler encore et encore et précise que le conseil général de ce département donne aux maires qui le réclament 22 000 euros pour un grand rond-point et 11 000 pour un petit, soit chaque année 200 000 euros au frais des contribuables (qui sont, c’est vrai, au frais avec la dernière tempête et leurs digues béantes parce que non entretenues… Notez qu’ils peuvent bivouaquer sur les ronds-points !)

Mais laissons parler l’artiste qui nous explique comment il s’y prend avec les élus :

 

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(sic) cote 39’50’’ dans la video du site de France 2, allez-y voir si elle est toujours en place :

 http://info.france2.fr/complement-denquete/?page=accueil

 

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L’artiste : « Il y a l’art et la manière de négocier ne serait-ce que l’ouverture de la porte, après il faut savoir s’asseoir, il faut avoir les mots bleus, il ne faut surtout pas se gourer de vocabulaire. Voila il y a toute une approche… »

Le journaliste : « c'est-à-dire que pour plaire à ces clients, les élus, il faut les caresser dans le sens du poil ? »

L’artiste : « c’est souhaitable, vous avez intrêt à avoir une culture politique avant de rentrer dans le bureau de tel ou tel maire, de savoir avant toute chose de quel bord il est et de faire abstraction de vos idées politiques, de vos pensées. Il faut être apolitique quand on est artiste. »

« J’ai mené personnellement des approches qui peuvent aller jusqu’à la franc-maçonnerie, tout simplement … »

(NDR : mais peut-être que le dire relève de  la franche connerie)

Le journaliste : « Et çà aide ? »

L’artiste : « Ce n’est pas nocif… »

Le journaliste : « Vous pensez que vous avez obtenu des marchés grâce à ces relations ? »

L’artiste : « Oui »

Le journaliste (en conclusion) : « Ces réseaux, ces ronds-points, auront mené JLP au-delà de ses ambitions les plus folles »

 

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Merci Benoit DUQUESNE pour ce scoop, pas tout à fait scoop d’ailleurs car il y a longtemps que j’en parle des frangins et de leur réseau, des ronds-points et « de leurs liquidités », des élus et de leur hypocrite souci de notre sécurité et de notre santé…

Mais ce reportage est toujours bon à prendre car certains m’ont reproché ma haine viscérale pour les porteurs de tablier et de mon manque de partialité !

 

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Conclusion un peu imprécatoire (excusez-moi je ne ferai plus…) :

 

Continuez à faire des ronds en rond les trois points… continuez à nous imposer votre goût de l’art inspiré de la décoration de vos loges, à tracer avec vos équerres et compas les routes et croisements de notre démocratie ! Puisque personne n’y trouve à redire.

Quelques uns prêchent dans le désert tandis que leurs contemporains s’agglutinent aux ronds-points d’une société pipée.

 Peut-être que ces derniers comprendront un jour qu’il y a de la place ailleurs pour construire proprement les grandes voies de la volonté du peuple.

 

 

 

09/08/2009

piperade et ratatouille...

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J’ai fait cette nuit un rêve curieux : j’arrivais, cagoulé et armé, sur la place d’un marché paysan de la région et je braquais un stand de fruits et légumes ; j’emportais dans des sacs de sport, des framboises, des olives, des tomates et même des pommes de terre ramassés à la hâte à même l’étal. (Puis je détallais !)

En me levant, je m’interrogeais bien sûr… on le ferait à moins !

Est-ce parce que radios et télés nous rabattent les oreilles ces temps-ci sur les malheurs des planteurs de choux à la mode de chez nous ?

Les pauvres… ils vont devoir rembourser à l’Europe des tas de primes qu’ils n’auraient pas dû recevoir !

Ah, bon, ils ne remboursent plus ? Plus tard ? Pas toutes ? Je t’embrouille ! Quelle ratatouille !

Ils sont choqués et dans la misère… qu’à cela ne tienne : on leur donne quelques millions d’euros tout de suite en guise de cellule psychologique ! (Qui “on” ? Vous, moi qui ne pouvons pas acheter leurs fruits et légumes vendus à prix d’or dans les grandes surfaces et même au bord des routes quand ils se donnent le mal de les commercialiser eux-mêmes !)

Pourtant il faut manger au moins cinq fruits et légumes par jour… qu’ils disent les éclairés qui décident pour nous… çà y est j’ai compris pourquoi j’ai eu ce rêve : la frustration, l’instinct de survie ! Quelle piperade !

Oui, c’est bon, on payera volontiers plus d’impôts  pour rembourser leurs primes, pour calmer leur si légitime colère… (Bonnes courges que nous sommes). Envoyez c’est pesé bon poids !

Vous le méritez : vous nous donnez de bons légumes et fruits bien sélectionnés pour votre seul profit au détriment du goût et de la diversité des espèces, remplis de pesticides, bien ramassés verts, bien mûris artificiellement après avoir été gardés au frigidaire. Cerise sur le gâteau (celle-là est gratuite) : vous nous offrez aussi des produits normaux dits bio au cours de l’or !

Soyez reconnaissants pour notre geste, si sympathiques producteurs, transitaires, vendeurs de fruits et légumes : promettez-nous d’embaucher un peu plus encore (et au noir comme d’habitude) nos enfants pour pouvoir nous refaire en famille… dites-nous où vous allez jeter vos fruits et légumes la prochaine fois que vous voudrez conserver leurs prix bien hauts… nous irons picorer ce que nous ne pourrons plus du tout aborder dans vos si attrayants marchés paysans et autres gondoles d’abondance !

Quant à vous les grosses légumes, il va falloir vous mettre au frais (pas en frais, rassurez-vous) car je crois que vous pourrissez par la queue !